L’exclamation québécoise « faque » sera insérée dans le Petit Robert.
Christian Rioux commente cette promotion (!), de fait une constatation de son utilisation (Le Journal de Québec, 22 mai, p. 13). Le Robert est un dictionnaire d’usage : les mots y sont insérés lorsque l’éditeur ou l’équipe de l’usuel constatent que le mot est utilisé, qu’il fait partie du langage et des écrits quotidiens.
Les médias ont tendance à présenter l’insertion d’un néologisme ou d’un mot négligé jusque-là comme un couronnement et, simultanément, comme une raison de le mettre en vitrine, en manchette ou même à la Une d’un journal et comme une invite à s’en servir dorénavant. C’est aller un peu vite en affaire!
Les éditeurs des dictionnaires de langue ne militent pas en faveur de l’emploi de vocables sélectionnés. Mais ils alignent les mots courants d’une ou de plusieurs langues ou encore de ceux utilisés dans le passé.
En somme, la locution adverbiale « faque » aura son article dans le Robert comme 40 000 ou 50 000 autres mots dont tout au plus 500 ou 1000 servent quotidiennement. C’est un couronnement, mais pas nécessairement une recommandation. Des équivalents existent : « c’est pourquoi », « si bien que… », « alors… », « en somme… », etc.
Gaston Bernier
4 juin …………Réaction d’un membre
Bonjour M. Bernier,
Excellent commentaire!, si je puis me permettre.
Je donnais le cours sur les dictionnaires au premier cycle universitaire dans les années 1980.
Je disais : N’oubliez pas que les dictionnaires sont généralement des produits commerciaux.
Les producteurs sont tentés de mousser leur produit et ne sont pas à l’abri de certains coups d’audace pour attirer l’attention et élargir la clientèle.
Cela dit, ils se réfugient devant le commentaire des défenseurs de la langue correcte derrière cette idée qu’ils ne font que relever ce qui se dit.
Oui, mais ils abusent et en viennent à répertorier ce qui se retrouverait normalement dans un dictionnaire de langue populaire.
Dans l’esprit commun, un mot inscrit au Robert, au Larousse et dans le GDT de l’OQLF est une consécration.
C’est ainsi que les anglicismes « lousse » (ang. loose) et « détour » (ang. detour) sont devenus usuels au Québec.
Salutations,
G. Bergeron